Adrianne Lenker/Big Thief

Le grand casse de Big Thief │épisode 2/2 : Big Thief

L’élan qu’apporte Adrianne Lenker voilà quelques années tombe à point nommé. Big Thief n’existe pas encore, mais des bases solides sont déjà instaurées. Bientôt, les graines semées germeront. La bande organisée se prépare pour l’un des plus grands casses des années 10’s.

Les racines devenues l’arbre majestueux

Nous arrivons donc en 2016, là où tout commence véritablement. Une année décisive et symbolique, servant d’appui à de jeunes artistes inspirés. Pour l’histoire, le nom Big Thief a mûri lors d’un atelier d’écriture au Texas. L’idée derrière ce nom est d’illustrer un concept personnel, à savoir de s’approprier et d’assimiler ce que le monde crée et rejette autour de lui, pour façonner in fine sa propre identité. Des petits voyous au service de leur propre cause, volant le cuivre niché dans cette grande locomotive qu’est la vie avec un grand V. Enfin, on imagine que c’est comme cela qu’ils ont pensé l’histoire…

Consciemment ou non, les membres du groupe forgent déjà une sorte de genèse quasi-mystique. Encore peu connus, ils publient un premier album aux teintes Folk Rock, qu’ils intitulent Masterpiece. Produit par le label Saddle Creek (encore eux), il en ressort un premier Lp plus que satisfaisant. Pour l’anecdote, on retrouve Andrew Sarlo et un certain James Krivchenia à la production, qui prendra les baguettes l’année suivante. Les puristes pointeront un jeu moins élaboré que celui de Jason Burger. Soit. On notera tout de même que son jeu soutient bien la musique et sait également lui donner du rythme. N’est-ce pas déjà suffisant ?

Adrianne Lenker et James Krivchenia

Tout le monde est allé de sa petite formule pour décrire la vision presque prophétique qu’avait le groupe en nommant l’album Masterpiece ainsi. Sans être mirifique, il reste néanmoins de très bonne facture. À vrai dire, la compagnie racontera qu’elle était simplement fière de sortir l’opus pour le grand public et que sa seule existence constituait en soi un chef-d’œuvre. Il faut bien avouer qu’à sa sortie, l’engouement n’était pas le même qu’aujourd’hui.

Dans les faits, on assiste à une suite de belles chansons, qui tendent néanmoins à gagner en hauteur. « Little Arrow », à l’allure moite et poussiéreuse, lance les hostilités. Il détone du reste du set, légèrement plus poli. L’entraînant « Vegas » dynamise l’atmosphère, quand le poignant et engagé « Real Love » bouleverse l’assemblée : « Real love, real love. Real love makes your lungs black. Real love is a heart attack« . Bien entendu, on ne passera pas sur l’énigmatique mais non moins efficace « Interstate », sans oublier l’estimé « Paul », touchant dans sa prose mélancolique : « Paul, I know you said that you’d take me any way. I came or went. But I’ll push you from my brain See, you’re gentle baby. I couldn’t stay, I’d only bring you pain« .

L’album ne fait aucunes simagrées pour déployer tout son potentiel. Illustration avec le revigorant « Humans », accompagné par les très bons « Velvet Rings », « Parallels », sans oublier le puissant « Masterpiece », qui range définitivement la formation parmi les sensations indés du moment.

Masterpiece est d’une étonnante maturité. S’il manque parfois de précision, on ne peut lui attribuer plus de mauvais points. Devenu un point d’ancrage dans la discographie du groupe, Big Thief peut se targuer d’avoir réussi son premier coup d’essai. L’album est complet, rigoureux et tout sauf fade. Certains diront que la volonté affichée du père Lenker, à savoir celle de faire de sa fille une pop star, aura eu raison d’elle.

Pour ce qui est de la présence des musiciens, elle est une indéniable plus-value dans l’esthétique musicale de Big Thief. Jamais nous n’avons le sentiment de voir débarquer de simples backers venus dépanner gentiment la chanteuse. De fait, il y règne une harmonie et une complicité au sein de la formation, qui se traduisent naturellement dans ce goûteux Masterpiece. C’est d’ailleurs encore plus vrai en live. Sur scène, les regards se croisent en permanence. Aucun ne prend le pas sur l’autre. Aucun ne fait de l’ombre à l’autre. Tous nourrissent l’âme de Big Thief.

En raison de cette tradition collégiale inhérente au groupe, les morceaux jouissent d’une résonance distincte. Plus que de simples figurants, les trois musiciens magnifient l’univers d’Adrianne Lenker. Et cela s’illustre quelques mois après, lorsque sort dans les bacs Capacity, deuxième album de la formation.

Capacity : Big Thief: Amazon.fr: Musique
Pochette de l’album Capacity @Saddle Creek 2016

L’album garde sa teinture soft rock. Il est sobrement introduit par le titre « Pretty Things ». Si la musique ne s’affole pas des masses, la force des mots, elle, résonne fort. La frontwoman aborde ici le sujet de la féminité qui lui tient beaucoup à cœur. Mais c’est véritablement avec « Shark Smile » que l’album décolle, sans nul doute l’un des meilleurs morceaux du groupe. Son riff de guitare entraînant fait mouche. Les musiciens, plus confiants, laissent libre cours à leur verve, à l’instar de Beek et de son jeu de guitare subtil et criard.

Le single « Capacity » est très intéressant dans sa structure. On y perçoit une touche très rétro, comme s’il avait été écrit en pleine mode Garage dans les années 60’s. Le ton se durcit subitement avec l’étouffant « Watering ». Le titre (que l’on pourrait maladroitement traduire par « larmoiement ») est sombre, douloureux comme un coup de poing dans le ventre. Sans connaître l’histoire derrière cette complainte, on arrive sans mal à lui donner une ligne narrative. Il est en effet question d’une femme harcelée, violentée, finissant meurtrie par son agresseur : « I made-believe for him. That my blood was dripping. My blood was dripping into His mouth« . Glaçant.

Tout aussi émouvant que « Watering », le morceau « Coma » suscite quelque chose de remarquable. Par-delà un texte percutant et tout en nuance, on appréciera une progression mélodique chaloupée, injectant beaucoup d’envergure et de profondeur à l’extrait. Le début du morceau, sur une tonalité en mineur, lui donne une certaine gravité. Puis, lorsque l’espoir frappe à la porte, la tonalité du titre évolue subitement en majeur, comme pour exprimer une espérance soudaine, au moment même où la maman se réveille de son coma. À noter cette touche onirique en fin de piste, imbriquant toujours plus de symboles à cette mélopée. Il s’agit ici d’une véritable leçon de songwriting. Chapeau bas.

Après un enchaînement de pépites, la magie redescend un peu avec « Great White Shark ». Oui, mais attention, car un train peut en cacher un autre. « Mythological Beauty » remet habilement des sous dans la machine aux bons titres. Celui-ci narre un accident domestique vécu par Adrianne Lenker, mais du point de vue de sa mère. C’est à partir de cet angle qu’elle se plaît à imaginer les chorus de ses titres. On retrouve cette même empathie pour autrui sur « Watering », au sujet duquel on pourrait faire un parallèle avec le processus de chosification que subissait sa mère dans le morceau précédent.

Dans le même élan, les titres « Haley » et « Mary » semblent eux aussi portaient des traces de la vie de l’artiste. « Haley » est une chanson sage, ne prenant pas vraiment de risque. Elle reste près du rivage quand sa camarade « Mary », elle, prend le large. Adrianne Lenker sort pour l’occasion le piano, comme pour mieux solliciter les sentiments qu’elle éprouve envers une grande amie. C’est juste splendide. D’une docilité réconfortante, « Objects » apporte un peu de douceur dans ce monde brut, même si le titre « Mary » lui fait quand même pas mal d’ombre. « Black Diamonds » conclut comme il se doit un album laissant derrière lui un doux parfum de « reviens-y ».

Big Thief

Pour information, Capacity est également produit par le label américain Saddle Creek, qui accompagnera Adrianne Lenker en 2019, lors de la sortie d’Abysskiss. Si Capacity parvient à élever le groupe, nous aurions bien tort de le considérer au-dessus de Masterpiece. Disons qu’il arrive à aller plus loin dans la démarche, quitte à donner au son du groupe une dimension plus noire, presque torturée. Il y a bien plus de relief, de corps. Les mélodies sont plus travaillées, plus expressives. De fait, elles retranscrivent davantage la sensibilité d’Adrianne Lenker, que l’on apprend un peu plus à connaître dans ce deuxième opus. La chanteuse explique notamment qu’elle aime se réfugier derrière des personnages quand elle compose. Des anges gardiens venant à sa rescousse lorsque le « je » prend le pas sur le reste. L’album est rapidement produit, afin de garder l’aura qui nimbait Masterpiece. Cela se vérifie sans conteste. Doté d’une rare profondeur, Capacity expose un peu plus les aspérités du groupe. Au final, on garde plus à l’esprit ce deuxième album qui, assurément, fait rentrer Big Thief dans la cour des grands.

La transition

Si les esprits s’échaufferont parfois pour départager les deux premiers albums du quatuor, le cru de 2019 aura mis tout le monde d’accord. Saluons dans un premier temps une production XXL tout bonnement salutaire. La faute (le génie) à un changement d’écurie opportun. Le label Saddle Creek tirera en effet sa révérence pour laisser place au mastodonte britannique 4AD. Le label produira et diffusera ainsi deux Lp magistraux que sont U.F.O.F. en mai 2019 et Two Hands, sorti quelques mois après. Sans conteste, ce choix signera un nouveau départ pour la troupe. La transition sera nette. L’esthétique du son gagnera encore en épaisseur, pour atteindre une gamme de couleurs des plus éclatantes. On notera comme point d’orgue à ce transfert une volonté immuable de soigner l’enchaînement des tracks, administrant une cohérence implacable à deux superbes albums.

De ce constat découle une ampleur toujours plus haute chez Big Thief. Un point non négligeable, puisqu’il permet de greffer une patte, pardon une prestance au groupe, qui passe clairement un cap. Et même si certains titres brillent plus que d’autres, ces deux albums doivent impérativement s’écouter dans leur entièreté.

« Et Big Thief créa U.F.O.F à son image »

Fidèle à lui-même, Big Thief reste Folk et introduit l’album U.F.O.F. avec le concours de l’envoûtant « Contact ». « U.F.O.F » (la chanson), que l’on pourrait traduire par « Unidentified Flying Object Friend » (Mon ami l’OVNI), représente tout ce qui fait le sel du groupe. Le titre invite tout un chacun à l’introspection. Il reflète de surcroît toute la spiritualité inhérente au groupe.

Big Thief - U.F.O.F. - Les Oreilles Curieuses
Pochette de l’album U.F.O.F @4AD 2019

« Cattails », une balade bucolique rafraîchissante, fonctionne totalement. Le son de la guitare à douze cordes porte clairement l’ensemble. Il faut bien avouer que ces guitares là font toujours leur petit effet. La sonorité chatoyante qu’offre l’instrument stimule l’imaginaire. C’est très malin comme choix de sound design. On y apprend notamment que Violet est l’arrière grand-mère de la songwriter, qui se perd dans une nostalgie où elle repense à son aïeule dans son Minnesota natal. Ensuite, « From » et « Open Desert » soulignent la créativité du groupe. Le premier titre, que l’on peut retrouver dans l’album solo d’Adrianne Lenker, est un appel à la sororité. À travers une douceur amère, il souffle un vent de liberté salvateur.

« Open Desert », sobre et poétique, est tout aussi réussi. Il fait la part belle au prodigieux « Orange », une ode à l’amour vrai, celui qui vous serre le cœur aussi fort que l’on presse un citron, ou plutôt une orange : « Orange is the color of my love. Fragile orange wind in the garden. Fragile means that I can hear her flesh. Crying little rivers in her forearm. Fragile is that I mourn her death. As our limbs are twisting in her bedroom« .

Visiblement insatiable, Big Thief ne s’arrête pas en si bon chemin en proposant « Century ». Un titre bienfaiteur donnant un peu plus de crédit à cet album qui signe pour le moment un sans faute. Ajoutez à cela l’intelligence de placer ce titre très rassasiant au moment où le spleen nous gagnait peu à peu. Joli coup.

Le plaisir diminue un tant soit peu avec « Strange », qui fait tout de même son travail correctement, ainsi qu’avec « Betsy », qui paraissent presque fades à côté de leurs pairs… Il faudra attendre le généreux « Terminal Paradise » pour avoir un regain d’intérêt, également présent sur l’album solo Abysskiss d’Adrianne Lenker. La griffe de Big thief apporte tout de même une réelle valeur ajoutée au morceau, qui gagne en richesse une fois les artisans à l’œuvre. En revanche, ne vous attendez pas à un déferlement de joyeusetés : « Terminal We both know Let me rest, let me go. See my death become a trail. And the trail leads to a flower. I will blossom in your sail. Every dream and waking hour« . Et le titre suivant, « Jenni », n’arrange en rien les choses. Si l’objectif était de jeter un froid, c’est gagné. On sortirait presque oppressés si « Magic Dealer » n’était pas là pour desserrer l’étau. Toutefois, rien n’entache l’éclat qui fait briller de mille feux ce sublime U.F.O.F. Il vient rappeler à qui veut l’entendre que le groupe en a sous la semelle, tant la suite du programme intitulée Two Hands parvient elle aussi à viser juste.

« U.F.O.F et Two Hands Big Thief les créa »

L’album s’est construit sur le tas, pour un résultat avec moins d’enrobage et bien plus de lâcher prise. Tout comme U.F.O.F., le dernier album de Big Thief suit les pas de son grand frère à travers une ouverture ouatée. « Rock And Sing » se veut berçant, presque contemplatif. Mais à la différence de U.F.O.F, Two Hands s’avère bien plus épuré, bien plus sec, comme pour laisser place à d’autres facettes chères au groupe. Une mise à nu artistique assez bluffante quand on sait comment ont éclos les tracks de cet album.

Big Thief - Two Hands - Les Oreilles Curieuses
Pochette de l’album Two Hands @4AD 2019

Si U.F.O.F. traînait une forme de bleu à l’âme parfois larmoyante, Two Hands tranche dans le vif. Le ton est plus incisif, plus vindicatif même ! Un geste tout à fait exaltant à la Bob Dylan qu’on n’avait pas forcément vu venir. Illustration avec le trompeur « Forgotten Eyes » qui, derrière une mélodie aseptisée et innocente, met en lumière le drame que traversent bon nombre de personnes broyées par un système impitoyable : « Hollow-eyed on Eddie‚ is it they or is it I? Is it me who is more hollow as I’m quickly passing by? And the poison is killing them, but then so am I. As I turn away« . Tout aussi engagé, « The Toy » aborde amèrement le débat intarissable au sujet des armes à feu aux États-Unis : « What a tomb we’re building. In the sphere, that’s where we all die. In the eye, that’s where I’m living. The toy in my hand is real« .

Big Thief fait clairement du ramdam. L’écriture d’Adrianne Lenker délaisse un peu la spiritualité pour poser un autre regard sur le monde. Ici, ni jugement personnel, ni discours accusateurs ne viennent entraver les maux qui sortent de la bouche de la frontwoman : Lenker évite l’écueil de la leçon de morale facile.

Ceci dit, le lyrisme de Big Thief n’est jamais bien loin. Sous une apparence gracile, la chanson « Two Hands » vient restaurer la délicatesse immanente à la chanteuse. C’est si gracieux qu’on ne se ferait pas prier pour relancer la piste. On ne se penchera pas longuement sur « Those Girls » et « Wolf », deux chansons certes jolies, mais manquant légèrement de poigne. Une impression d’autant plus exacerbée à l’approche de titres bien plus fulgurants, à savoir le très Folk « Replaced » et le troublant « Cut My Hair ». Mais l’album Two Hands ne serait rien sans ces deux pierres angulaires, à savoir le vivifiant « Shoulders », redoutable dans sa dénonciation des violences policières – sujet ô combien brûlant, sans oublier le grand, sinon l’imbattable « Not ». C’est sans nul doute ce single là que les gens, au premier rang desquels Barack Obama, auront retenu le plus. Et à raison ! La batterie signe un retour en force jubilatoire, quand les guitares angoissantes de Meek habillent une chanson au rythme effréné, presque suffocant. Lenker pousse la voix jusqu’à l’arrivée du solo de guitare ravageur, mettant à sac les derniers instants de répit que le Lp Two Hands nous avait accordés jusqu’à présent.

Au bout du chemin, on ressort de l’écoute de cet album satisfait, presque frustré de n’avoir aucune autre chanson en rab. Un sentiment que met en exergue toute l’habilité de Big Thief qui sait se réinventer à chaque instant.  On les avait brièvement quittés avec un Lp poétique, et voilà qu’on les retrouve avec une nouvelle track-list rêche et tout aussi grisante que son homologue.

Un grand casse de la part d’un grand groupe

Remontons un peu dans le temps. Lorsque Capacity sort, le quatuor arrive à une étape clé de son ascension : confirmer sa bonne lancée, voire faire mieux qu’avant. Les dates s’enchaînent frénétiquement, finissant par fatiguer nos troubadours, qui décident de se retirer à Seattle pour enregistrer U.F.O.F.

Big Thief explore new sounds live in The Current studio | The Current
Big Thief

Deux ans s’écoulent, laissant chacun d’entre eux à d’autres projets. Le groupe décide de s’attacher les services du label 4AD. On connaît l‘excellent travail du label britannique depuis 1980, lui qui a porté dans ses bras de grands groupes, à commencer par Pixies, Bauhaus ou Cocteau Twins pour ne citer qu’eux. 4AD est réputé pour avoir le nez creux et pour le garder intact année après année. On lui doit notamment In a Poem Unlimited de U.S. Girls en 2017, Before Today du psychédélique Ariel Pink en 2010, mais aussi Strange Mercy de la charismatique Annie Clark, alias ST. VINCENT, sans oublier les cultes Last Splash des Breeders en 1993 et Doolittle de Pixies, sorti en 1989. À cette liste s’ajoute logiquement U.F.O.F. et Two Hands qui bouclent une bien belle décennie musicale.

Le pari était pourtant risqué. Sortir deux albums presque simultanément n’est pas à la portée du premier venu. Si des artistes comme Oh Sees, King Gizzard & The Lizard Wizard ou bien Ty Segall semblent avoir trouvé bon an mal an la formule, elle reste néanmoins réservée à une certaine caste. Il y a toujours des impairs dans cette méthodologie. Des albums percent quand d’autres tombent immédiatement dans l’oubli à l’arrivée du suivant sur la liste. Two Hands aurait pu figurer parmi ce listing, en se cantonnant à un rôle mineur, mais c’était sans compter sur la créativité du groupe, sans oublier la maestria d’un label historique.

À bien des égards, Big Thief possède une musique dense et prégnante. Reconsidérons, par exemple, les deux derniers albums qui suggèrent tous deux un seule et même œuvre. Une sorte de Yin et Yang scindés en deux forces contraires qui coexistent parfaitement. Le groupe parle plutôt de jumeaux célestes. C’est joli, n’est-ce pas ? L’un plus lunaire, plus introspectif, plus bigarré. L’autre plus spontané, plus organique, plus sauvage. Il y a fort à parier que ces deux bijoux marqueront durablement la musique Indie dans les années, voire les décennies à venir.

Malgré un classicisme vu et revu (guitares, basse, batterie), le son de Big Thief a beaucoup de personnalité. Leur musique suscite toujours une émotion, provoquant un vif intérêt d’en savoir davantage sur l’histoire de chaque chanson. Plus encore, c’est parce qu’on ne cesse de découvrir une multitude de composantes propres à la troupe que cette dernière entérine naturellement sa position au sommet de la scène Indie. On se plaît à s’identifier aux chansons, à les interpréter, à les écouter encore et toujours, elles qui racontent finement la vie dans ce qu’elle a de plus beau mais aussi de plus sombre.

Le quatuor a encore fait parler de lui ces derniers temps, en publiant un nouveau single, « Love in Mine ». En parallèle, deux autres Eps ont vu le jour sur leur bandcamp lors de cette période Covid-19, dont les recettes sont reversées à l’équipe technique qui les accompagne en tournée. Un beau geste qui ne manque pas d’altruisme.

Sans conteste, Big Thief n’est pas un groupe lambda, trouvant une vaine satisfaction à chanter des chansons Folk. La fausse simplicité qu’elles affichent laisse pantois, tant elles parviennent constamment à trouver l’évidence. En effet, les musiciens sentent et vivent l’Art pour lequel ils sont faits. Il ne s’agit pas de grands techniciens essayant d’impressionner le quidam, mais bien d’authentiques artistes, bercés par leur propre lecture du monde. De cela découle une réelle authenticité. Impossible de ne pas être épris de cette toute jeune formation. Il nous tarde d’écouter le prochain album d’Adrianne Lenker, dont la sortie est prévue en octobre de cette année.

Big Thief on Twitter: "we'll be answering q's live on reddit ...
Big Thief

Avec des noms comme Sharon Van Etten, Mac Demarco, Jessica Pratt, Michael Kiwanuka, Angel Olsen, Kevin Morby, Hinds, Weyes Blood, Big Thief et bien d’autres, nous assistons à la naissance d’une belle génération d’artistes portant une certaine vision de la Musique. Vision que l’on appelle encore « Indie Rock », à défaut de trouver une formule plus adéquate. Il est souvent dit que le Rock n’invente plus rien à l’heure actuelle, qu’il n’apporte plus vraiment de nouveauté. Est-ce le cas ? Que lui demander de plus ? Qu’a-t-il encore à prouver ? À vrai dire, le genre semble avoir d’autres propriétés, d’autres combats à mener. Et ce n’est pas un mal ! Comme disait ce bon vieux Bob Dylan, les temps changent. Les batailles d’égo entre courants musicaux laissent désormais place à une nouvelle ère. Le Rock fait ami-ami avec le Rap. Mieux encore, il lui fait même de la place pour que des artistes tels que Kendrick Lamar, Cardi B, Tyler, The Creator, Kali Uchis ou encore Frank Ocean puissent poursuivre tranquillement leur révolution.

L’Indie Rock s’essouffle peut-être. Certes, les grands guitar heroes ne sont plus autant de la partie que dans les années 1980. Ce d’autant plus que les expérimentations musicales et les grands paroliers ne sont plus légion. Ou du moins plus de la même façon qu’auparavant. Il n’en demeure pas moins que le genre perdure et à toujours de beaux jours devant lui.

Marcus Bielak

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